Selon le psychanalyste Pierre Cazenave, le malade atteint de cancer souffre d’un trouble de l’identité. Il y aurait une faille au niveau du narcissisme primaire. Dans le narcissisme primaire, dans le développement psychosexuel, l’objet d’amour de l’enfant est sa propre personne contrairement au narcissisme secondaire ou l’objet d’amour est extérieur. Selon Freud :  « Tout ce que nous en savons concerne le moi où s’accumule, au début, toute la charge disponible de libido. C’est à cet état de choses que nous donnons le nom de narcissisme primaire absolu » (Abrégé de psychanalyse, PUF, 1949, p.10). Ainsi, le narcissisme primaire c’est le « ciment » de la personnalité et celui-ci favorise l’unité de cette dernière. Chez les personnes atteintes de cancer, il y aurait une vulnérabilité de la personnalité, une fragmentation provenant des périodes très précoces de l’enfance voire archaïques. C’est la théorie de « la maladie du nourrisson dans l’adulte ».

Dans la théorie biologique actuelle du cancer, l’organisme produit régulièrement des cellules cancéreuses et celles-ci sont éliminées au fur et à mesure par le système immunitaire. Le cancer apparaît quand il y a une rupture dans cette dynamique survenant à la suite de deux phénomènes distincts : soit l’organisme se met à produire un plus grand nombre de cellules cancéreuses et le système immunitaire ne pouvant faire face se trouve « débordé » soit le nombre de cellules cancéreuses ne change pas mais c’est le système immunitaire qui ne fonctionne pas correctement. Enfin, de tels phénomènes pourraient être provoqués par un traumatisme psychique.

Suite à ses consultations Pierre Cazenave élabore deux nouveaux termes pour signifier la maladie telle que la perçoit le malade ou bien telle que la perçoit des proches pour la distinguer du vocabulaire employé par la médecine. Il parle alors d’autopathie et d’hétéropathie. « l’autopathie évoque la souffrance du malade, sa façon à lui de vivre et de voir sa maladie, l’hétéropathie la souffrance des autres, à l’égard du malade » (Le livre de Pierre, Louise L. Lambrichs, Seuil, 1998, p. 37). Un être humain, pour se développer, a des besoins physiques et psychiques qui doivent être pleinement vécus sous peine d’avoir des répercussions plus tard sur sa vie somatique et psychique. Conjoint à cette idée, s’ajoute le concept d’intégration qui concerne le degré d’intégration et de maturation d’un individu face à la souffrance. Il est sans rappeler que le trauma refoulé  peut réapparaître plus tard venant alimenter la vulnérabilité de la personne et continuer de la fragiliser laissant un terrain propice à toutes sortes de maladies, incluant le cancer. L’autopathie dépend donc des traumatismes induisant des modifications psychiques et de l’histoire du malade en tant qu’individu présent dans l’environnement.

Le regard que porte le malade sur sa maladie et sur son corps est un regard distant où le corps est vécu comme étranger à la personne pendant que celle-ci se trouve ailleurs.

Le cancer est une maladie narcissique dans laquelle le patient s’exprime par la sensation de ne pas exister. Soit parce que l’image de la mère n’est pas intégrée soit parce que celle-ci est trop envahissante et le lien ne peut être rompu par l’enfant qui ne sait vivre qu’avec ce « débordement ». Il sacrifie sa propre réalité pour sauver sa relation à l’autre, pour sauvegarder ce soupçon de reconnaissance. L’enfant a été investi non comme un enfant réel mais comme un ensemble d’images auxquelles il est contraint de s’identifier pour survivre.

La psychanalyse peut agir sur ce processus .